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Joseph Lakanal
Lycée Lakanal
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ASSOCIATION des AMIS et

des ANCIENS ELÈVES du LYCÉE LAKANAL

Informations sur Lakanal - Description du lycée

    Vers 1885 1905-1906

    Extrait des "Environs de Paris" de Louis Barron:

    Le lycée Lakanal, commencé en 1882, inauguré en 1885, est un magnifique établissement universitaire destiné à recevoir 900 élèves. Il se compose de plusieurs corps de bâtiments distincts, construits en briques et pierres curieusement alternés et formant des chaînages contrastants ; des carrés, des losanges de faïence émaillée soulignent les entablements de couleurs étincelantes. L'ensemble paraît être d'une architecture sobre, ample, commode, confortable. La lumière, l'air sont prodigués aux dortoirs, aux classes, aux salles d'études, aux réfectoires. Les communs sont bien en dehors. Des jardins rafraîchissent et parfument l'atmosphère ambiante. Il semble que voilà le lycée ménager de la délicatesse de l'enfance et favorable à son développement intellectuel que l'un pouvait rêver. L'école cesse enfin d'être une prison ; elle devient susceptible d'agrément, d'élégance ; elle plaît à voir : ne lui fallait-il pas cet attrait dans la gravité ?

    Vers 1920

    Le 17 juin 1967, au cours d'une réunion de l'amicale du Lycée Lakanal, M. Roger Joxe, ancien élève du Lycée et professeur d'histoire en classe de première supérieure a évoqué ses souvenirs de Khâgne, vers les années 1920:

    Je pourrais, sans m'arrêter jamais, vous parler de ce Lakanal des années 1921-1925, en restant tout près encore, après tant d'années, des rêves et des imaginations de la jeunesse.

    C'était le temps, où les jours de sorties et de rentrées un petit âne allègre, attelé à une charrette, menait à la gare de Bourg-la-Reine les bagages des internes, ou les en ramenait. C'était le temps où trois roulements de tambour — cour des petits, cour des moyens, cour des grands — scandaient le début ou la fin de récréation : en 1924, le tambour fut remplacé par une sonnerie électrique. Dans le parc, une biche, à qui nous allions porter du pain, vivait dans un petit enclos, puis elle disparut. La même année, cinq jeunes filles du Cours Florian eurent l'autorisation de venir préparer à Lakanal leur second bachot. Il était formellement interdit aux garçons de leur adresser la parole, à elles d'engager la conversation, sous peine d'exclusion immédiate. Elles s'illustrèrent, raflèrent les places de premières, les prix d'honneur ou les prix d'excellence.

    Quant à la Khâgne, ma Khâgne, Khâgne de la qualité mais non de la quantité, prestigieuse entre toutes. C’était celle de Charles Péguy, de Paul Hazard, d'Albert Mathuiz, d'Alain Fournier, de Jacques Rivière, de Jean Giraudoux, pour ne citer que les disparus et, mis à part l'Académicien Maurice Genevoix, ne pas avoir à dresser la liste d'illustres encore vivants, grands professeurs ou membres de l'Institut, Ministres encore ou glorieux ambassadeurs et même prélats de le Sainte Église…

    Mais quels maîtres aussi ! C'était Albert Fedel notre héros et notre Dieu. Notre Surgé, en ce même Lakanal l'avait jadis connu Khâgneux, nous le décrivait, coiffé d'un immense bonnet de fourrure, se bagarrant de tous ses poings, dans la cour, pour une bonne et juste cause. Il nous expliquait la Chanson de Roland et nous la récitions avec lui. Liquens Roland ! Liquens Fedel ! Il était la vivante figure du légendaire Khâgnal, que d'années en années, les anciens transmettaient aux nouveaux, et nous chantions sa geste. « Pauvre bizuth ! Que viens-tu faire ici ? Fede est titulaire de deux, peut-être trois agrégations, et tu ne seras jamais licencié ! ».

    C'était l'irremplaçable et non moins vénéré, le subtil et délicat Henri Bernés, le plus fin des commentateurs de textes français, que Louis-le-Grand nous enviait, le « petit B », comme nous l'appelions irrévérencieusement, mais avec quelle tendresse ! C'était encore le bon Christian Maréchal, à la barbiche philosophique. Nous lui accordions, chaque année, un nouvel enfant et la publication d'un nouvel ouvrage sur son cher la Mennais : en 1924, nous en étions à 9, mais je crois bien que nous exagérions Nous avions obtenu, l'été, qu'il nous fît ses cours dans le parc. En dix minutes, la moitié de la Khâgne avait disparu dans les hautes herbes, mais il nous pardonnait, car nous lui rapportions de magnifiques « épis phénomènes ».

    Ah ! ce parc ! les rondes à l'infini autour de la pelouse des sports, les discussions amicales et passionnées, les championnats de tennis, en mai plus importants que l'imminence du concours lui-même. Une des choses les plus difficiles que j'aie pu faire comprendre à mes Khâqneux d'aujourd'hui, c'est que de mon temps, par la fenêtre nous apercevions, non pas le lotissement actuel, mais le parc de la Marquise, une sorte de Paradou inextricable, le décor du Grand Meaulnes. Parfois, avec prudence, nous faisions le mur, pour nous y enfouir, et, l'hiver, pendant les heures d'études, acharnées et cafardeuses, c'était le hululements des chouettes.

    Un hiver, ce fut presque la guerre civile et le sang faillit couler à propos de l'achat d'un livre pour la bibliothèque. Les uns tenaient pour l'armée nouvelle (de Jean Jaurès), les autres pour un Budé. Finalement tout s'apaisa par une solution à la Salomon : une taxe supplémentaire frappa les bizuths et permit l'achat des deux ouvrages.

    En 1949

    Petit souvenir de l'organisation d'une bibliothèque (pour les professeurs) due à l'initiative de Raymond Létoquart, "Lakanal, nous voici...", numéro B juin 1949 :

    L'idée a paru heureuse de créer au Lycée une bibliothèque d'ouvrages modernes et c'est près de cinquante collègues qui, peu à peu, ont apporté leur adhésion. Il n'est pas toujours aisé de contenter le goût de chacun et rares surtout sont ceux qui usent du « cahier de suggestions » pour guider le choix du bibliothécaire ; malgré cela, le premier fond rassemblé offre déjà, à côté d'un noyau de romans français et étrangers, quelques ouvrages d'histoire, de philosophie, de sciences : les mathématiques manquent encore, mais un rappel à l'ordre aura suffi ! A côté de « Stalingrad» ou du «Goncourt » déjà 20 fois feuilletés, poésie moderne et romans policiers gardent fièrement leur air neuf et leurs pages non rognées — sans doute les collections personnelles sont-elles riches dans ces deux domaines. Finalement, quelques secondes avant la classe, chacun découvre le livre qui plaira à sa -femme ou à sa mère, car on sait combien sont rares les loisirs d'un professeur. Et après tout, pouvoir choisir dans une centaine d'ouvrages pour 400 francs par an n'est pas une trop mauvaise opération. Attendant les critiques et les conseils, le Comité de lecture préparera un nouveau programme d'achats pour la rentrée, si les anciens lui restent fidèles et si les hésitants viennent les rejoindre.

    En 1960

    Pour le passant, le Lycée Lakanal est une construction imposante, d'aspect maussade d'un côté, de l'autre plus riant, de style très composite et précédée d'un grand parc où les pelouses se déploient en molles ondulations parmi les arbres centenaires.

    Pour le visiteur, c'est un domaine accueillant, où il aimerait errer "à la recherche du temps perdu", si les allées les plus larges ne le conduisaient pas, non sans détours, vers le pavillon central, autour duquel s'ordonnent de vastes bâtiments encadrant des cours en terrasses. il admire l'équilibre de l'ensemble, goûte le calme de ce lieu, oublie un instant le voisinage de la ville tentaculaire.

    Pour les jeunes élèves frais émoulus de l'école communale, c'est un monde immense, où ils se sentent perdus, une sorte de gigantesque usine pédagogique où cent ateliers travaillent à la fois.

    Pour les autres élèves, c'est ce vieux lycée que l'on retrouve chaque matin sans déplaisir, en même temps que ses camarades et ses professeurs, où l'austérité du travail est tempérée par l'agrément du site, où la présence de la nature crée l'illusion de la liberté.

    Pour beaucoup de vieux Scéens, Lakanal c'est l'ombre de Giraudoux, de Jacques Rivière et d'Alain Fournier, de Péguy, c'est leur propre jeunesse avec ses découvertes, ses enthousiasmes et ses espoirs, ce sont des voix toujours sonores dans leur mémoire, des visages que le temps n'a pas estompés, des souvenirs sans nombre, les uns émouvants, les autres, les plus nombreux, capables de dérider les plus moroses.

    Pour les fonctionnaires affectés au Lycée, administrateurs, professeurs et survenants, agents du service d'entretien, Lakanal, c'est la maison où l'on se sent vite adopté, dont on aime l'atmosphère, qu'on ne saurait quitter sans regret.

    Ainsi entre les êtres et les choses, entre le passé et le présent, entre tous ceux qui travaillent dans ce lycée, continuent à se nouer chaque jour des liens subtils et multiples. Lakanal, c'est une amitié.

    Lakanal en chiffres en 1960

    Il est construit sur 10 hectares, dont le parc couvre un peu plus des deux tiers. La galerie principale est longue de 313 mètres.
    Le personnel compte 266 fonctionnaires, dont 142 professeurs et professeurs adjoints.
    Les élèves sont au nombre de 2.500. Un cinquième d'entre eux sont pensionnaires.
    Cette année, les dépenses prévues au budget du lycée et de l'annexe d'Antony s'élèvent à 630 millions de francs légers.

    Parmi les résultats obtenus en 1959 par les classes préparatoires aux grandes écoles et les classes terminales, certains méritent tout particulièrement d'être signalés. Les voici, d'apres LE CHRONIQUEUR (bulletin municipal officiel de Sceaux n°1 de 1960) :

    • Classe de préparation à l'École Normale Supérieure de Saint-Cloud (section mathématiques) : 11 admis (dont le 1er), soit environ la moitié de la promotion des mathématiciens
    • 4 admis à l'ENSET
    • 26 (sur 30) admis à l'IPES (dont 2 avec mention très bien)
    • Classe de préparation à l'ENSET (lettres) : 12 admis dont 3 jeunes filles et 9 garçons (parmi lesquels le 1er), ceux-ci s'adjugeant un peu plus de la moitié des places mises au concours
    • Baccalauréat (proportion des candidats reçus) :
      • dans une classe de mathématiques élémentaires : 86% (contre 55% pour l'ensemble de la France)
      • dans les classes de Premières Modernes : 65% et 88% (contre 48%)
      • dans les classes de Premières AB : 80% (contre 66%)
      • dans les classes de Premières AC : 96% (contre 69%)
      • dans les classes de Premières C : 93% (contre 69%)

    Est-il besoin d'ajouter que de tels résultats disent assez les mérites des professeurs qui ont préparé les candidats ?

    En 1974: rénovation du lycée


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